Depuis quand va-t-on au concert ?

Publié le 16.05.2017
Rien de plus naturel que d’aller écouter de la musique pour un petit concert. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Le concert a pris sa forme « classique » au cours du XVIIe siècle, mais a connu beaucoup de formes différentes.

By Carl Schweninger jr. (1854-1903) (Sotheby's (N08826)) [Public domain], via Wikimedia Commons

Déjà, pendant la Préhistoire…

Les Beatles ont débuté à Liverpool au Cavern Club. On ne sait pas si les hommes des cavernes jouaient comme eux devant des fans hystériques, mais des ethnomusicologues commencent à savoir quelle musique ils pouvaient jouer et le genre d’instruments qu’ils pouvaient utiliser.

Pour écouter de la musique préhistorique, rendez-vous sur le site de RFI

Il existe même des orchestres préhistoriques pour les plus curieux !

 

Et Néron inventa le premier concert…

Selon les historiens, Néron serait l’inventeur du premier concert de l’histoire. L’empereur (dont la folie destructrice n’avait rien à envier à certaines de nos stars contemporaines) se piquait d’être un virtuose en musique et en chant. Il prenait d’ailleurs quantité de médicaments pour entretenir sa précieuse gorge.

Selon Suétone, Néron inventa même la tournée pour dispenser son génie musical dans les principales villes autour de Rome.

Gare cependant à qui aurait voulu lui lancer des tomates ou le siffler : les critiques se faisaient couper la tête aussi sec.

Bizarrement, après Néron, le concert est un peu tombé en désuétude… jusqu’au XVIIe siècle.

 

Les tournées du Moyen-Âge 

Depuis quelques temps, la musique médiévale connaît un certain regain d’intérêt, mais elle n’était pas du tout écoutée comme aujourd’hui.

Il y avait d’un côté la musique sacrée, jouée dans les églises (essentiellement des prières chantées) et, de l’autre, la musique profane jouée dans les foires et sur les places des villes et villages. Ce sont des chansons populaires ou des danses instrumentales interprétées dans les châteaux ou dans les villages à l’occasion de fêtes. On y vient surtout pour se divertir et la musique fait partie de l’ambiance.

Les musiciens n’ayant pas de résidence, ils doivent donc partir « en tournée ». On commence à rencontrer ces musiciens/poètes itinérants à partir du XIe siècle.  Ces musiciens compositeurs et interprètes sont appelés trouvères au nord de la Loire et troubadours au sud (ce sont les « pains au chocolat » et les « chocolatines » de la musique). Les troubadours s’accompagnent de petits instruments faciles à transporter comme le luth, la flûte ou le tambourin.

Leurs chansons sont aussi originales qu’aujourd’hui et ont pour thème l’amour d’un Seigneur pour une dame inaccessible ou les exploits guerriers d’un vaillant Seigneur. Quand ils le peuvent, ils enseignent aussi la musique.

C’est véritablement au XVIIIe siècle que naît le concept de concert. Un moment convivial où l’on se réunit spécialement pour écouter de la musique en payant.

La Renaissance 

Au XVe et au XVIe siècles, les polyphonies se développent. On appose plusieurs lignes mélodiques dans le même morceau, ce qui rend la musique diablement plus intéressante.

De manière logique, on trouve plus d’instruments dans les ensembles, mais l’on continue de jouer dans les églises ou dans les salons. La musique de foire continue de faire bande à part et de parler d’amours impossibles et de vaillants guerriers (et vice-versa).

  

1725 : Philidor donne le premier « vrai » concert à l’Opéra de Paris

C’est véritablement au XVIIIe siècle que naît le concept de concert. Un moment convivial où l’on se réunit spécialement pour écouter de la musique en payant.

David Ledent, docteur en sociologie, explique dans « L’institutionnalisation des concerts publics » :

« La date clé est celle de 1725 lorsque Philidor crée le Concert spirituel, institution qui expérimente de nouvelles modalités de diffusion des œuvres musicales. Au cœur de cette institution se trouvent plusieurs principes : un accès aux concerts qui n’est plus exclusivement réservé à l’aristocratie, un usage des œuvres en dehors des cadres politiques et religieux de la cour et de l’Eglise, une musique qui devient théoriquement l’objet central du spectacle. »

Le premier « concert » en France a eu lieu en 1725 à l’Opéra, dans la salle des Suisses du Palais des Tuileries. L’artiste Philidor avait payé une large somme à l’Académie Royale pour avoir ce privilège.

Anecdote amusante : c’est en 1847 que naît la Sacem car le patron du café-concert « Les Ambassadeurs » (à Paris) ne payait pas les auteurs des chansons qui passaient dans son établissement. Et ceux-ci, en retour, avaient décidé de ne pas payer leurs consommations.

Du café-concert au festival de Bayreuth

Le café-concert est à la fois une salle de concert et un bistroquet où l’on est obligé de consommer des boissons pour entendre des chansons. Aujourd’hui, il est fréquent de payer un droit d’entrée à un café-concert… Mais l’on peut souvent s’y restaurer également.

Ces cafés concerts naissent au début du XIXe siècle, même si on trouve des précurseurs vers la fin du XVIIIe siècle, juste après la Révolution.

Anecdote amusante : c’est en 1847 que naît la Sacem (la société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) car le patron du café-concert « Les Ambassadeurs » (à Paris) ne payait pas les auteurs des chansons qui passaient dans son établissement. Et ceux-ci, en retour, avaient décidé de ne pas payer leurs consommations.

C’est aussi au XIXe siècle que l’on rencontre pour la première fois le terme de « festival » de musique en France (en 1829). De nombreuses chorales s’y sont produites. Le premier festival international de musique a été créé par Richard Wagner à Bayreuth, en Allemagne.

 

Et le public se mit debout !

L’arrivée du music-hall au début du XXe siècle vient moderniser l’offre de concerts. Les salles « modernes » se créent et font passer un ou plusieurs artistes. Le public est assis, mais ne consomme plus de boissons et mange encore moins.

Avec le temps, les patrons de salles de concerts réintroduiront des bars dans les salles ou à côté.

Après quelques concerts assis chahutés, les propriétaires se rendent compte que le public a besoin de danser debout (et que l’on peut ainsi rentrer plus de monde dans la salle !).

Il ne se passe pas bien longtemps avant que l’on ne démocratise les festivals en plein air au milieu du XXe siècle.

Ensuite, les festivals et les concerts prennent leur vitesse de croisière. On en trouve de toutes les tailles, pour toutes les oreilles et pour toutes les bourses.

Certains concerts se créent quasiment spontanément quand des festivaliers se donnent rendez-vous pour danser et mixer dans des raves géantes.

 

La prochaine étape ?

Des concerts « virtuels » donnés devant des caméras en direct sur des réseaux sociaux que le public écoute chez lui en partageant ses impressions via des émoticônes plus ou moins rigolotes. On n’arrête pas le progrès ?

Que l’on se rassure, même derrière un écran, le concert reste toujours ce moment de rassemblement festif, même si l’on préfère « communier » en présence d’autres personnes… Comme pendant la Fête de la Musique !