« Revenir à l’essence d’une affiche grand public qui annonce un événement populaire »

Publié le 07.05.2018
L’affiche de la Fête de la Musique est chaque année l’occasion de donner la parole aux artistes et créateurs. Silvia Dore et Diane Boivin, fondatrices du studio Stéréo Buro, reviennent sur la création de l’affiche de la 37e édition de la Fête de la Musique. Rencontre.
© Stéréo Buro

Pour vous, qu’est-ce que la Fête de la Musique ?

La Fête de la Musique, c’est la musique qui fête l’arrivée de l’été. Ce sont plein de symboles. C’est un moment de catharsis où nous laissons de côté nos tristesses pour passer un moment de liberté et de poésie. La musique est une langue que nous comprenons tous, un élan profondément positif où les cultures et les milieux sociaux se rencontrent pour participer à une célébration du partage. Le 21 juin est un jour en suspension, un moment à part. Cet évènement nous fait tout de suite penser aux idéaux de Jack Lang pour la culture : accessible, profondément humaine, salvatrice.


Quels souvenirs vous évoque la Fête de la Musique ?

Silvia Dore : De 2012 à 2015 j’étais membre de l’association Éphémère à Strasbourg, qui avait comme but de promouvoir les arts visuels et sonores en redécouvrant des lieux architecturaux atypiques de la ville.
Je me souviens en particulier de la FDLM du 21 juin 2014. Nous avions reçu pour l’occasion l’un des artistes phares du paysage musical électronique roumain : Rhadoo. Avec tous les bénévoles de l’association, nous nous étions impliqués au maximum pour la réussite de l’événement, de la conception à la scénographie. L'événement était complet, avec un public intergénérationnel et multiculturel conquis. Une aventure humaine riche, une vraie fête en l’honneur de la musique !

Diane Boivin : J’habitais dans une petite ville de Corrèze, Brive-La-Gaillarde et j’étais adolescente. C’était un moment synonyme de passe-droit, de liberté. Chaque rue résonnait d’une musique différente. Il n’y avait aucun complexe chez les musiciens et musiciennes, ils tentaient des choses, réussies ou non, mais ils étaient tous portés par une bienveillance générale.


Comment définiriez-vous votre travail ? Comment cette affiche s'inscrit-elle dans votre parcours ?

Depuis quelques années, nous avons focalisé notre graphisme sur la création typographique et sa mise en espace dans la page (qu’il s’agisse d’édition ou d’affichage). Nous aimons produire tous nos outils : qu’ils soient typographiques ou imagés. L’affiche de la Fête de la Musique est pour nous l’occasion de combiner une illustration à une typographie linéale universelle héritée de l’icône typographique du graphisme international suisse : l’Helvetica.

© Stéréo Buro

Nous avons voulu revenir à l’essence d’une affiche grand public qui annonce un événement populaire : son accessibilité, sa lisibilité, son immédiateté combinées à l’excitation haptique très particulière que génèrent les visuels foisonnants. Nous voulons définir sans enfermer, évoquer la musique de manière universelle en laissant l’espace au lecteur d’interpréter "sa" musique.


Pouvez-vous nous dresser la genèse de cette réalisation ?

Nous avons souhaité signifier l’immatérialité de la musique, l’énergie des ondes sonores. Une représentation formelle colorée, pleine de nuances, de rythmes et de sonorités différentes, d’éléments saccadés séparés qui en forment finalement un seul. Tant de nuances colorées que de mélanges de populations et de styles.

« Les couleurs sont vives et fraîches. Elles font référence à l’été »

Nous avons imaginé une forme qui n’enferme pas la définition de la musique dans un cadre stricte, mais qui laisse de l’espace à l’imagination du lecteur pour y voir la musique qui résonne en lui. C’est une forme abstraite dans laquelle tout le monde peut se projeter. Elle parle de vibration, d’échanges, de catharsis, de jubilation, de joie, de vie.

Les couleurs sont vives et fraîches. Elles font référence à l’été : le rose tendre de l’amour estival et les camaïeux de verts des parcs et espaces extérieurs. Des contrastes visuels vifs mais doux, un rapport de couleurs énergisant, qui symbolise le bonheur.


Que souhaitez-vous que les gens ressentent en la regardant ?

La chaleur de l’été et l’envie du partage. Music with love!*

*(De la musique avec amour !)


L'affiche sera disponible très prochainement sur l'espace presse.


Stéréo Buro

Le studio Stéréo Buro — fondé en 2015 — est composé de deux directrices artistiques aux compétences complémentaires : Silvia Dore (direction artistique et coordination) et Diane Boivin (direction artistique et création typographique) auxquels peuvent venir se greffer différents intervenants extérieurs en fonction des projets. Le studio participe régulièrement à des concours d’identité visuelle, de signalétique et travaille autant avec la presse, le domaine privé que le domaine public. En parallèle, elles aiment collaborer avec des architectes et des artistes plasticiens dans une attitude qui relève de la recherche et de la pluridisciplinarité.

Après un cursus commun au sein de la Haute École des Arts du Rhin de Strasbourg (HEAR), et après diverses expériences au sein d’entreprises renommées dans le domaine culturel (Integral Ruedi Baur, Hort, Les Graphiquants, Pierre Di Sciullo, Des Signes), Silvia et Diane ont décidé de se regrouper pour mettre en commun leurs compétences et proposer leur vision de la communication graphique et multimédia. Immergées dans la culture actuelle des arts graphiques, le studio conjugue la typographie, l’illustration et l’espace en proposant un univers graphique coloré et pictural mis en œuvre par une réflexion collective.